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ligne(s) et tensegrité

Mis à jour : 4 juil. 2018

1/simone est le nom d’un lieu et d’un désir qui consiste à relier ce qui est normalement séparé  :

les gestes du quotidien et les actes artistiques, le bien-être personnel et le partage avec les autres, la lucidité, la débrouillardise, la solidarité, la réflexion sur le sens du monde et l’action pour le changer, la recherche du plaisir et le plaisir de la recherche. Cette ambition nécessite un l’entraînement quotidien : à la créativité, à la pensée, à vivre ensemble.

SIMONE est pour cela le lieu de différents rendez-vous : avec soi-même, avec les autres, avec l’époque.

2/ Ligne(s)

Comment parler d’une ligne, à part de dire que c’est ce qui apparaît au fur et à mesure que la pointe du crayon se déplace sur le papier ? Qu’une ligne n’existe qu’après qu’elle a été tracée ? C’est à dire rétrospectivement.

Avant la ligne, il y a un espace, un champ de possibles.

Avant, maintenant.

Ce qui se dessine depuis que j’ai posé la pointe du crayon et que je me laisse guider par lui autant que l’inverse, c’est une double direction et un constat qui se transforme en principe :

Le désir d’être en dialogue, en écho avec d’autres artistes dont le travail me touche pour une raison ou une autre.

Le désir d’ouvrir ce lieu inspirant et vibrant à d’autres qui en ont aussi besoin pour nourrir leur création / réflexion / expérimentation.

La quasi impossibilité — liée à l’absurdité — de vouloir distinguer la partie artistique du reste du projet simone (tiers-lieu)

Mon expérience de metteuse en scène, après quinze ans, m’a conduit à cette constatation simple : mon travail consiste à créer ou rassembler les conditions pour que quelque chose se passe, arrive.

Faire advenir simone puise exactement à la même source que la mise en scène.

Il s’agit, sur scène ou dans la vie, d’être à l’endroit juste au moment juste pour faire la chose juste….

On sait qu’être en vie consiste à traiter et croiser simultanément de multiples informations qui appartiennent à des champs différents – affectif, intellectuel, physiologique, émotionnel, psychologique, matériel… et que bien souvent la séparation de ces champs est une construction pour transformer sa vie en existence. En quelque sorte, diviser pour régner.

Rester dans l’organisation spontanée de la vie, l’élan créatif originel, organique, implique une forme de non-séparation des plans.

Spontanément à simone il y a eu en permanence depuis le début, croisement de multiples champs — artistique, économique, associatif, et prémices de différentes activités — théâtre, bar associatif, vide-dressing, épicerie, atelier d’arts plastique, de slam, de méditation, résidence d’artistes etc.

Il ne s’agit pas de dire que tout est pareil, ou que tout se vaut.

Et tout le monde n’est pas artiste, comme tout le monde n’est pas boulanger.

Mais : simone épouse spontanément la fluidité, la diversité de la vie.

Pousse et se transforme, échoue, mute, contourne, grandit, choisit, mûrit...

Ce qui est à l’oeuvre, donc, c’est la vie, ni plus, ni moins, qui nous engage à accueillir et encourager les transformations de chaque jour qui passe, dans le travail artistique comme dans le reste, et qui peut-être dessine(ra) une ligne, des lignes…

Ce qui fera art ce sera la façon dont les liens et les échanges se seront combinés sur scène et hors-scène, dont nous aurons été à la fois les acteurs et les témoins.

Et dans la mesure ou ce qui se fige, meurt, est déjà mort, il n’y aura naturellement pas de programmation gravée dans une plaquette pour la saison à venir.

il y aura des désirs qui prennent formes, de façon aléatoire, provisoire et nécessaire dans le temps présent.

3/ Tenségrité

Est-ce que le concept de tensegrité, déployé depuis la deuxième moitié du XXème siècle par l’architecture, la sculpture puis la biologie serait légitime pour penser aussi l’organisation des institutions, dans la mesure ou on les considère également comme des organismes vivants, systèmes soumis à des jeux d’équilibre, de poids, de tension et de compression, et d’adaptabilité, et qui ont aussi l’enjeu de préserver l’intégrité du tout comme des parties ?

Est-ce que l’analyse ou le modèle systémique qui prend en compte l’interdépendance de chacun des éléments d’un système, suffit à décrire l’organisation d’un organisme comme simone, ou faut-il creuser du côté de la notion de tenségrité, pour bien comprendre ce qui est à l’oeuvre ?

Je ne suis pas spécialiste de la question, mais il me semble avoir compris ceci :

La tenségrité démontre par exemple la façon dont les os de chaque côté d’une articulation peuvent rester stables et bouger avec un minimum d’effort et comment les tissus mous sont capables de la guider. Elle décrit la façon dont chaque tissu peut être intégré à un réseau tensionnel complexe déployé dans toutes les directions et former un « complexe en suspension à glissement automatique » qui réunit de multiples articulations (et le corps entier) en une unité fonctionnelle…Les principes de la tenségrité expliquent comment un acrobate parvient à s’équilibrer sur une seule main, et comment un haltérophile peut soulever des objet beaucoup trop lourd à supporter.

Elle pourrait servir d’analogie pour expliquer comment l’insaissable, le fluide et le mouvant est ce qui permet au solide d’être solide, à la structure d’être stable, et non l’inverse.

De la même façon que ce n’est pas le squelette qui sert de support aux muscles et aux organes (le dur) mais qu’en réalité les os flottent entre les tissus, muscles, tissus conjonctifs (mou). Le mou modèle le dur...

Si l’on parle de simone – d’autant plus légitime à être considérée comme un organisme ! – on retrouve le pari de faire reposer la structure du projet sur sa diversité, sa mobilité et sa capacité d’ajustement aux informations du réel (intérieur et extérieur).

Mais ce n’est pas tout. Il y a dans le modèle de tenségrité l’idée d’un dialogue constant avec la gravité, qui est une réponse permanente à la possibilité permanente de l’effondrement. Il s’agit de tenir debout, et tenir debout en mouvement.

Les os bougent autour d’axes hélicoïdaux complexes qui changent constamment de position et sont guidés en cela par les tissus mous qui les entourent..

Alors…on invente rien. On recompose à l’infini à partir du même : comme la vie organique et son organisation structurelle reposent sur la combinaison à l’infini de formes géométriques basiques simples – on trouve les mêmes partout – simone se déploie et continuera de se déployer à partir de choses extrêmement simples : manger, jouer, voir, s’habiller, habiter, être en lien….dans la seule intention d’aider à nourrir la vie, qui est, à y bien réfléchir, le projet le plus politique qui soit.

Anne-Laure Lemaire


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